La Nouvelle-Zélande déclare avoir éliminé le COVID-19

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La Nouvelle-Zélande a « éliminé » COVID-19 « pour le moment », a déclaré le Premier ministre Jacinda Ardern, annonçant que la nation passera au niveau d’alerte 1 à partir de minuit le 8 juin. Toutes les exigences de distanciation sociale et les restrictions imposées aux entreprises seront alors levées : « Nous sommes convaincus d’avoir éliminé la transmission du virus en Nouvelle-Zélande pour l’instant, mais l’élimination n’est pas définitive, c’est un effort qui doit être maintenu ».

Les deux des principaux épidémiologistes qui ont travaillé sur la stratégie d’élimination de la Nouvelle-Zélande expliquent les nouvelles du jour et les défis à venir.

Aujourd’hui, pour la première fois depuis le 28 février, la Nouvelle-Zélande n’a aucun cas actif de COVID-19.

Selon notre modélisation, il est maintenant très probable (bien au-dessus de 95 % de chances) que la Nouvelle-Zélande ait complètement éliminé le virus. 

Aujourd’hui est également le 17e jour depuis que le dernier nouveau cas a été signalé. La Nouvelle-Zélande compte un total de 1 154 cas confirmés (le total combiné des cas confirmés et probables est de 1 504) et 22 personnes sont décédées.

Il s’agit d’une étape importante et d’un moment de célébration. Mais alors que nous continuons à reconstruire l’économie, plusieurs défis nous attendent si la Nouvelle-Zélande veut conserver son statut de pays exempt de COVID-19 pendant que la pandémie se poursuit ailleurs.

Il reste important que de bonnes données scientifiques soutiennent l’évaluation et la gestion des risques par le gouvernement. Ci-dessous, nous recommandons plusieurs moyens de se protéger.

Mais nous soutenons également que la Nouvelle-Zélande a besoin d’une refonte urgente de son système de santé, y compris la création d’une nouvelle agence nationale de santé publique pour la prévention et le contrôle des maladies.

Ce que signifie l’élimination

L’élimination est définie comme l’absence de maladie au niveau national ou régional. L’éradication fait référence à son extinction mondiale (comme pour la variole).

L’élimination nécessite un système de surveillance très performant pour garantir que, en cas d’échec des contrôles aux frontières, tout nouveau cas serait rapidement détecté. Des définitions communes sont importantes pour rassurer le public et servir de base à l’expansion des liaisons de voyage avec d’autres pays qui ont également atteint l’élimination.

Il est important de se rappeler que les cas actifs ne sont pas ceux dont nous devons nous préoccuper. Par définition, ils ont tous été identifiés et placés en isolement et il est très peu probable qu’ils puissent infecter d’autres personnes.

Le véritable objectif de l’élimination est d’arrêter la propagation silencieuse des cas invisibles dans la communauté. C’est pourquoi nous avons besoin d’une modélisation mathématique pour nous dire que l’élimination est probable.

Éviter le contentement et les nouvelles épidémies

La stratégie d’élimination décisive de la Nouvelle-Zélande semble avoir réussi, mais il est facile de se complaire dans l’autosatisfaction. De nombreux autres pays qui ont adopté une approche d’endiguement ont connu de nouveaux foyers, notamment Singapour, la Corée et l’Australie.

La Nouvelle-Zélande a passé des mois à développer ses capacités pour éliminer le COVID-19. Mais il sera difficile de maintenir l’élimination. Les aéroports, les ports maritimes et les installations de quarantaine restent des sites potentiels de transmission depuis l’étranger, notamment en raison de la pression exercée pour augmenter le nombre d’arrivées.

Le passage de la Nouvelle-Zélande au niveau d’alerte 1 mettra fin à toutes les restrictions d’éloignement physique. Si le virus est réintroduit, cela crée un risque d’épidémies lors de réunions sociales à l’intérieur. La Nouvelle-Zélande entre également dans une période hivernale où les virus respiratoires peuvent se propager plus facilement, comme on le voit avec les coronavirus hautement saisonniers qui provoquent le rhume. 

5 moyens clés pour protéger la santé à long terme de la Nouvelle-Zélande

Tout comme la Nouvelle-Zélande s’est préparée à la pandémie, la période post-élimination exige une « proactivité maximale ». Voici cinq approches clés de gestion des risques pour assurer une protection durable de la Nouvelle-Zélande contre COVID-19 et d’autres menaces graves pour la santé publique.

1. Instaurer l’utilisation publique de masques en tissu dans des contextes spécifiques

La protection de la santé repose sur de multiples barrières à l’infection ou à la contamination. C’est la pierre angulaire de la protection de l’eau potable, de la sécurité alimentaire et des frontières contre les incursions d’agents biologiques.

Avec la fin de l’éloignement physique, nous recommandons au gouvernement d’envisager sérieusement de rendre le port du masque obligatoire dans les transports publics, dans les avions et dans les installations de contrôle et de quarantaine aux frontières.

Les autres mesures d’hygiène personnelle (rester à la maison si on est malade, se laver les mains, tousser dans les coudes) sont insuffisantes alors que la transmission se fait souvent par des personnes qui semblent en bonne santé et qui peuvent propager le virus simplement en respirant et en parlant.

Selon une étude systématique récente publiée dans The Lancet, les preuves de l’efficacité des masques faciaux en tissu, même simples, sont désormais solides.

L’Organisation mondiale de la santé a également mis à jour ses lignes directrices pour recommander que chacun porte un masque en tissu dans les lieux publics où il existe un risque de transmission. L’instauration d’une culture d’utilisation des masques faciaux dans des environnements spécifiques en Nouvelle-Zélande permettra d’étendre leur utilisation si nécessaire lors de futures épidémies.

2. Améliorer l’efficacité de la recherche des contacts grâce à des outils numériques appropriés

Le système national néo-zélandais de recherche des contacts reste une mesure d’appui essentielle pour lutter contre les épidémies, en cas d’échec des contrôles aux frontières. Mais les nouveaux outils numériques offrent un potentiel important pour améliorer les processus actuels, même si des garanties appropriées en matière de protection de la vie privée sont intégrées.

Pour être efficaces, ces solutions numériques doivent être largement adoptées et permettre une recherche très rapide des contacts. Les applications téléchargeables semblent insuffisantes et la Nouvelle-Zélande et Singapour étudient actuellement des dispositifs à base de Bluetooth qui semblent plus performants et pourraient être distribués à tous les résidents.

3. Appliquer une approche scientifique à la gestion des frontières

Un retour prudent à des niveaux plus élevés de voyages à l’arrivée et au départ est important pour des raisons économiques et humanitaires, mais nous devons évaluer le risque avec soin. Cette ouverture comprend deux processus très différents.

Le premier est un élargissement des catégories actuelles de personnes autorisées à entrer en Nouvelle-Zélande au-delà des résidents, de leurs familles et d’un petit nombre d’autres personnes. Cela nécessitera généralement la poursuite de la quarantaine de routine de 14 jours, jusqu’à ce que des méthodes améliorées soient mises au point.

L’autre élargissement potentiel est l’entrée sans quarantaine, qui sera plus sûre pour les pays qui atteignent des objectifs d’élimination similaires. Ce processus pourrait commencer avec les pays insulaires du Pacifique exempts de COVID-19, notamment Samoa et Tonga.

Il devrait être possible d’étendre cet arrangement à divers États australiens et à d’autres juridictions telles que Fidji et Taïwan lorsqu’ils confirmeront leur statut d’élimination.

4. Créer une agence nationale de santé publique spécialisée

Avant même que COVID-19 ne frappe la Nouvelle-Zélande, il était clair que notre infrastructure nationale de santé publique était défaillante après des décennies de négligence, de fragmentation et d’érosion. Parmi les exemples les plus marquants de défaillance du système, citons l’épidémie de campylobacter de Havelock North en 2016 et l’épidémie prolongée de rougeole en 2019.

Le rapport complet sur l’examen du système de santé et d’invalidité a été remis au ministre de la santé en mars et on s’attendait à ce qu’il recommande une amélioration significative des capacités en matière de santé publique. Ce rapport et ses recommandations devraient maintenant être publiés.

Nous recommandons également une évaluation intermédiaire de la réponse de santé publique à la COVID-19 maintenant, plutôt qu’après la pandémie. Ces évaluations permettraient d’éclairer l’amélioration nécessaire des capacités de la Nouvelle-Zélande en matière de santé publique pour gérer la réponse actuelle à la pandémie et pour préparer le pays à d’autres menaces sanitaires graves.

Une amélioration essentielle serait la création d’une agence nationale de santé publique chargée de diriger le contrôle et la prévention des maladies. Une telle agence pourrait contribuer à éviter la nécessité de verrouillages par une détection et une action précoces en réponse aux menaces de maladies infectieuses émergentes, comme l’a fait Taïwan pendant la pandémie actuelle.

5. S’engager dans des changements pour éviter les grandes menaces mondiales

COVID-19 a un impact sanitaire et social dévastateur à l’échelle mondiale. Même si elle est maîtrisée grâce à un vaccin ou à des antiviraux, d’autres menaces sanitaires majeures subsistent, notamment le changement climatique, la perte de diversité biologique et des menaces existentielles (par exemple, les pandémies résultant des développements de la biologie synthétique).

Ces menaces nécessitent une attention particulière. La sortie de crise offre l’occasion d’une transformation durable de notre économie qui répond à des objectifs sanitaires, environnementaux et sociaux plus larges. 

Source : The conversation

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